Abonnez-vous au flux RSS des nouveautés Flux RSS

  • Ajouter à NetVibes
  • Ajouter à Yahoo
  • Ajouter à Windows Live

 

La Découvrance, maison d'édition indépendante de livres de 

littérature de voyage et maritime, de beaux livres sur l'Art brut.

 

Nouveauté à la Une

"Pendant que les champs brûlent" de Virginie Troussier

Je voulais écrire cette histoire d’une façon ou d’une autre, la fixer quelque part dans un livre avant que celle-ci ne me devienne irréelle, avant que mes souvenirs ne perdent leur coloration et leur tonalité propres au profit de teintes floues et de paroles incertaines. J’ai appris que c’était cela vieillir, avec les années.

Biographie du risque, Pendant que les champs brûlent interroge les palpitations du coeur, l’accélération du pouls. Au fil de courts chapitres, de fragments de vie, l’ouvrage explore les symptômes, les sources et la quête de sensations.
Le récit dessine un chemin entre les longues traversées en mer bretonne, la recherche de vitesse et de liberté à Tarifa, en Espagne, l’effervescence urbaine à Paris, et l’opium des sommets montagneux, dans le Vercors.

Pendant que les champs brûlent De Virginie TROUSSIER - La Découvrance

Pendant que les champs brûlent

De Virginie TROUSSIER

La Découvrance - février 2017

A partir de6,99 €

→ Format ePub Livre papier
 
 
 
 

La Mer, roman ouessantin (extrait)

Nous avions tout ce que le coeur peut désirer. Nous avions desfemmes à foison, nous avions à boire, nous avions des tempêtes qui tourbillonnaient à une vitesse de quatre-vingts noeuds. Nous n’avions besoin de rien : merci, passez votre chemin…

Dans notre île, il n’y avait ni arbres ni buissons. Elle avait l’air d’une chaîne de montagnes tombée en ruines, et tout autour, les écueils râlaient dans le ressac. Mais nuit et jour il tonnait, écoute ! C’était la mer. Il ventait ; le vent criait continuellement, et quand un humain passait sur la lande, il ondoyait comme un drapeau en loques. À toute heure du jour et de la nuit, les mouettes stridaient. L’île et la mer leur appartenaient. Parfois l’île s’abîmait littéralement sous leur déchirant bruit de limes. Quand je nageais là-bas près des récifs elles tendaient leurs têtes blanches, inquiètes ; il y

en avait trois, cinq, dix, mais dès que j’approchais, il y en avait des centaines, des milliers. Elles tournoyaient en stridant, m’enveloppant comme un nuage grondant d’orage, et j’étais saisi d’une

terreur mystique, tant leur nombre était grand. Et souvent encore elles crient dans mes rêves.

En route ! La grande voile fait un bruit de tonnerre et nous filons. Nos muscles sont durs et nos coeurs sont d’acier sonore…

Je ne saurais plus dire quand mon regard tomba sur Roseher pour la première fois. Je sais seulement que c’était un jour de courrier, au printemps : Roseher était l’unique fille blonde de l’île... (Bernhard Kellermann)

La Mer De Bernhard KELLERMANN - La Découvrance

La Mer

Roman ouessantin

De Bernhard KELLERMANN

La Découvrance - 2e édition - mai 2016

A partir de6,99 €

→ Format ePub Livre papier
 
 
 

Les premières lignes de "Ciel d'Aral" par Mila Stankévitch

C'était un matin clair de juillet. Le ciel d'Aral très bas semblait vouloir remplacer la mer. Levé à pointe d'aube, je criai au-dessus de la ligne d'étrave comme si l'horizon allait enfin faire jaillir des flots la grande muraille des falaises d'Oust-Ourt ou les vastes plateaux du Tourgaï. La brusque avancée de notre navire taillait l'eau noire d'un profond sillon. D'un double rythme, immuable et régulier, la coque se soulevait puis retombait. En homme capable de perdre toute sa vie dans un seul rêve, je vogue encore un peu dans ce songe bleuâtre lorsque le prélude en do dièse mineur de Sergueï Rachmaninov m'annonce un SMS. C'est manifestement un drame de la navigation que de vivre sa passion pour la mer dans un pullman. Il est dix heures.
Le front collé contre la vitre du bus, je traîne mon portrait comme une seconde tête. J'appartiens à ces côtes limoneuses autant qu'à cette mer qui brille çà et là en flaques dispersées. Mon image en apparence calme et désinvolte s'allonge au loin. Je porte avec moi, La Montagne magique. Je n'ai jamais réussi à lire dans les transports en commun. J'écorne Thomas Mann sans jamais pouvoir me concentrer sur une seule ligne. Un vieux touriste au crâne jaune et aplati assis de l'autre côté du couloir sourit à la ronde après s'être cassé le nez sur le titre en allemand. Je n'ai pas envie de lui parler. J'ai toujours été sauvage. Lorsque j'étais enfant, je partais toujours me cacher quand quelqu'un sonnait à la porte. Mes joues ne laissent pas encore deviner ma nouvelle corpulence. Je souhaiterais profiter de cette escapade pour régler ce petit problème. Nouveau message ! Iouri, mon rédacteur en chef veut savoir quand je rentre. Cela fait un quart d'heure que nous avons quitté le port sec d'Aralsk. Là-bas, des pêcheurs assis au bord du désert nous fixaient avec une obstination de villageois. Pourtant, ils devraient être habitués. Les déserts araliens se visitent en groupe. On vient voir l'Aral comme l'on se promène dans tous les malheurs du monde. Ici, d'emblée l'inconcevable s'impose. La lumière sur la mer, son reflet de perles et de diamants, le bruissement de l'eau sur le sable, l'écume, les algues salées, nacre et galets… tout a disparu !
Hier, un ancien ouvrier de la conserverie de poissons m'a dit : " À Aralsk, c'est dans l'arrière-pays qu'il faut chercher la mer !" 
Rude et secrètement rieur, son regard oblique m'indiqua la direction à suivre pour profiter du spectacle. Devant le musée de la catastrophe, trois vieilles barques, soigneusement repeintes ont été mises en cale sèche. Depuis plus de vingt ans, les autorités locales exploitent et assurent l'ambiance surréaliste de cette petite ville fantôme.
Quoi de plus pittoresque qu'un vieux port de pêche ? C'est Portofino sans la Méditerranée ! Je plaisante, avait précisé le maire en réajustant sa cravate d'escroc.
Finalement, je crois que dans ce no man's land, seul l'irréel compte ! Ainsi, faire un reportage sur le désastre maritime est en quelque sorte une façon de se présenter devant une porte imaginaire. J'avais d'ailleurs gardé d'un précédent voyage, le souvenir intact d'un chalutier à la campagne et d'une vache aux longs cils à l'ombre d'un cargo rouillé. L'Aral tamponnée et reconnue comme une mer asséchée est peu à peu devenue un fléau écologique naturel. Du coup, on a fini par l'oublier. Tout ce qui est dans son emploi disparaît. Il est vrai que depuis la fenêtre du bus, l'oeil se promène sans accroc dans ce paysage vaste et vide parsemé de tristes cailloux. Rappelons toutefois que ce désert est loin d'avoir toujours existé.

Ciel d'Aral De Mila STANKEVITCH - La Découvrance

Ciel d'Aral

De Mila STANKEVITCH

La Découvrance - février 2016

A partir de6,99 €

→ Format ePub Livre papier